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N° 152 Janvier 1985

La vie de prière personnelle

Par Heinz Suter

Parler de la vie de prière n’est pas très facile ni évident. Tout d’abord, parce que nous avons tous entendu de nombreux messages sur le sujet et que nous connaissons l’essentiel de notre responsabilité dans ce domaine, et pourtant c’est un des domaines que nous avons le plus de peine à mettre en pratique. Ensuite, je suis conscient de mes propres lacunes et de mon besoin de grandir dans cet aspect de ma vie chrétienne.

Ainsi, plutôt que de reparler de choses que nous savons déjà sur la prière, ce qu’elle n’est pas et ce qu’elle est, les différentes formes de prières, etc., j’aimerais aborder la question suivante: "Pourquoi, étant tous convaincus de l’importance et de la nécessité de la prière, la vivons-nous si peu?"
J’aimerais donc vous proposer quatre causes essentielles à ce manque de vie de prière; mais d’abord:

Quelques remarques préliminaires
Quelqu’un a dit: "Nul n’est plus grand que sa vie de prière." Si nous voulons évaluer correctement ce que nous sommes devant Dieu, il ne faut pas regarder à notre manière de prêcher, à la bonne opinion que les autres se5:4 font de nous, mais un regard honnête et objectif sur notre vie de prière nous donnera une bonne idée de ce que nous sommes réellement devant Dieu. Ma vie de prière est le baromètre de ma vraie "spiritualité". La Bible nous enseigne, nous exhorte à prier. Elle donne une priorité à la prière. Paul disait à Timothée: "J’exhorte avant toute chose à faire des prières, des supplications et des actions de grâces." Jésus n’a pas dit à ses disciples: "Si un jour vous décidez de prier, faites ceci, dites ceci ou cela." Au contraire, il leur a dit: "Quand vous priez…", c’est-à-dire lorsque vous priez. Cela sous-entend que nous avons une vie de prière régulière.

Avoir accès à Dieu est un de nos privilèges. N’importe quand, n’importe où, Dieu est disponible. Il est accessible, mais nous, nous faisons si peu usage de ce privilège!

Un homme voulait rencontrer le président des États-Unis. Arrivé à la Maison Blanche, un garde lui demanda s’il avait un laisser-passer ou un rendez-vous. Mais il n’avait rien, alors on lui refusa tout simplement l’entrée. Après le changement de garde, il recommença la même démarche, mais en vain. Découragé, abattu, il rencontra un petit garçon qui, voyant sa tristesse, lui proposa de l’aider. Mais l’homme refusa, prétextant que l’enfant n’était pas capable de comprendre son problème. L’enfant insista et, enfin, l’homme lui expliqua son désir de voir le Président. Alors, le garçonnet le prit par la main et l’amena à l’intérieur de la Maison Blanche. Aucun des gardes ne réagit. Tous deux arrivèrent à la porte du Président. Le garçon l’ouvrit et dit: "Papa, il y a ce monsieur qui voudrait te parler." C’est pareil pour nous, Jésus nous prend par la main. C’est lui qui nous a ouvert l’accès du ciel pour que nous puissions avoir librement ce partage avec Dieu.

"Là où j’ai l e plus manqué dans mes responsabilités à l’égard de mes fidèles, disait un pasteur, ce n’est pas dans mon travail pastoral, ni dans la prédication, mais dans la prière." Et c’est certainement la confession de beaucoup d8’entre nous, engagés dans le ministère. Il est plus facile d’avoir toutes sortes d’activités, plutôt que de prendre du temps pour prier. Dans ce sens, Ken Wright disait: "Souvent, nous avançons des excuses pour ne pas prier: Je n’ai pas le temps, je suis trop actif, j’ai trop de travail." Mais ce n’est pas juste, ce n’est pas parce que nous avons trop d’activités que nous ne prions pas, mais c’est parce que nous n’avons pas une vie de prière régulière que nous essayons de compenser par un excès d’activité.
C’est le manque de prière qui conduit à l’activisme et non l’activisme qui conduit au manque de prière. À ce sujet, j’ai trouvé une preuve indéniable. Lorsque nous sommes en vacances, par définition, nous avons du temps; il n’y a pas d’activités ni d’obligations. Est-ce que nous prions plus que lorsque nous courons à droite et à gauche dans toutes nos responsabilités? C’est souvent durant cette période où nous sommes censés avoir du temps que nous prions le moins. Luther, quant à lui, disait: "J’ai tellement de travail aujourd’hui que, si je veux tout accomplir, il faut que je passe au moins trois heures dans la prière."
 
Voyons maintenant ces quatre points cités plus haut.

1. Manque de communion permanente avec le Seigneur
Notre vie de prière ne peut être dissociée de notre vie chrétienne, de notre marche avec le Seigneur. Avec une vie chrétienne superficielle, on ne peut pas espérer avoir une vie de prière profonde. De même, une vie chrétienne authentique et "sérieuse" avec le Seigneur est incompatible avec une vie de prière superficielle. Prière et vie chrétienne vont de pair. Si nous voulons avancer dans notre vie de prière, parallèlement, notre vie de tous les jours avec le Seigneur doit s’approfondir. Nous sommes appelés à vivre en communion permanente avec le Seigneur, à connaître la présence constante de Jésus dans tout ce que nous faisons.

Si la plupart du temps Jésus est absent de nos occupations, nous aurons beaucoup de difficultés à entrer dans la prière. Si nous voulons approfondir notre vie de prière, il faut que notre vie chrétienne manifeste davantage la réalité permanente de la présence de Jésus. Si nous sommes continuellement en communion avec le Seigneur, nous aurons beaucoup de choses à partager avec lui. Mais si nous vivons séparés de lui la plupart du temps, le moment venu de lui parler, nous n’aurons rien à lui dire. Un exemple nous aidera à comprendre ce point. Si nous sommes séparés d’une personne que nous aimons beaucoup et à laquelle nous pensons souvent, nous n’aurons aucune difficulté à lui écrire chaque semaine et à remplir des pages entières. Par contre, nous avons de la peine à remplir, ne serait-ce qu’une lettre par année, à une personne à qui nous devons écrire par devoir. Notre vie de prière et notre vie chrétienne doivent connaître une dimension beaucoup plus proche du Seigneur si nous voulons qu’il se manifeste au travers de nous.
 
2. Manque de conviction réelle quant à l’efficacité de la prière?
Nous savons intellectuellement que la prière est efficace (Jacq. 5 : 16), mais dans la pratique le manifestons-nous? Nous avons beaucoup de difficultés à en être convaincus au plus profond de nous-mêmes. Cela est dû, en partie, au fait que souvent nous n’avons pas eu de réponses à nos prières comme nous l’avions espéré ce qui, tout au fond de nous-mêmes, peut produire un doute quant à l’efficacité de la prière. Pourtant, c’est Dieu qui a dit "la prière fervente du juste a une grande efficacité". Si nos prières ne sont pas efficaces, c’est notre problème et pas celui de Dieu. La Bible nous donne l’exemple de serviteurs tel Elie, un homme comme nous, qui avait une vie de prière efficace. Et plus proche de nous, le réformateur John Knox avait une telle vie de prière que la reine d’Ecosse craignait plus ses prières que l’armée d’Angleterre. Et Rees Howells… (cf. le livre
"Sur la brèche").

Charles Finney raconte que peu de temps avant sa conversion, il assistait aux réunions d’un groupe de prière. Un jour, les membres de la cellule proposèrent de prier pour lui. Il refusa, bien qu’admettant ouvertement son besoin, leur disant que depuis six mois, il les avait entendus sans cesse demander des choses et confesser qu’ils ne les avaient pas reçues. Alors, il ne voyait pas la raison de leur demander de prier puisqu’ils ne recevaient pas de réponse. L’incrédulité de nos cœurs est un obstacle majeur à l’intervention de Dieu, à sa réponse. En général, nos prières manifestent peu de vie, d’enthousiasme et peu de conviction.

3. Manque de vision personnelle du Royaume
Dans nos vies, nous manquons de visions, d’objectifs, de fardeaux. Souvent, je suis frappé du peu de contenu de nos prières. Cela vient certainement du fait que nous n’avons pas la vision du Royaume comme l’apôtre Paul. Ce dernier portait les églises sur son cœur, tout ce qui s’y passait ne le laissait pas indifférent: c’était ses plus grandes joies ou ses plus grandes souffrances. Il avait des sujets de prière précis. Pratiquement toutes ses épîtres commencent par: "Je ne cesse de prier pour vous, de rendre grâces pour vous, je ne cesse de faire mention de vous dans mes prières." Paul avait une vision pour ses églises.

Quelle est notre vision spirituelle? Nous ne sommes pas tous appelés à être des pasteurs et des responsables de mouvements engagés à plein temps dans le ministère, mais nous pouvons tous avoir une vision, un fardeau, un objectif personnel et spirituel pour le Royaume de Dieu. Avons-nous par exemple la vision de quelques personnes que nous désirons amener au Seigneur? Sans vision, on n’a pas de sujets de prière. Si nous avions des fardeaux qui viennent du Seigneur, nous irions vers lui en lui disant: "Seigneur, sans toi ce sera impossible, j’ai besoin de toi, toi seul pourra les réaliser." Notre objectif, nos visions, nos buts concrets pour le Royaume vont nous conduire dans une vie de prière plus intime et plus intense.

4. La résistance de Satan
Satan fera tout pour nous décourager, pour nous arrêter. Par tous les moyens, il essaiera de nous empêcher d’avoir une vie de prière authentique et efficace. Il ne craint pas les gens qui parlent bien, mais il a peur de ceux qui savent prier et qui ont une autorité spirituelle dans la prière. Il nous propose toutes sortes d’excuses par lesquelles nous justifions, ou tout au moins tolérons, la médiocrité dans notre vie de prière. Il neutralise notre motivation et notre désir d’avancer et il veut nous empêcher de prendre conscience que notre vie de prière n’est pas satisfaisante, et même lorsque nous avons décidé de passer davantage de temps dans la prière, il continuera ses efforts pour nous rendre inefficaces en nous rendant somnolant, ou alors, il nous distrait par toutes sortes de pensées et de préoccupations, etc. Il y a une résistance spirituelle à vaincre et à surmonter pour grandir dans sa vie de prière personnelle.

Que faire pratiquement pour que cela change?
 
Voici quelques propositions concrètes pour nous aider:
1.
Veiller sur notre attitude: nous devons veiller, quant à notre attitude face à la prière. Si nous sommes satisfaits de notre vie de prière, nous n’avancerons pas. Si, au contraire, nous veillons à ne jamais nous contenter, mais avons une soif continuelle de grandir, notre motivation nous entraînera alors à rechercher davantage la communion du Seigneur. Nous deviendrons ce que nous désirons être. Peut-être nous faudra-t-il commencer par demander au Seigneur la soif d’être un homme ou une femme de prière. Nous n’allons certainement pas révolutionner notre vie de prière d’un jour à l’autre, mais si cette motivation est là de manière permanente, elle nous conduira, un pas après l’autre, dans une croissance dont les résultats seront durables et profonds.

2.
D’abord la qualité, ensuite la quantité: N’essayons pas de tripler notre temps de prière d’un jour à l’autre, mais engageons-nous à vraiment vivre dans une communion intime les moments de prière que nous avons déjà. Chercher à rencontrer Dieu, à avoir vécu pleinement ce quart d’heure ou cette demi-heure que nous passons régulièrement avec lui. Cela demande un engagement total de nous-même:

a) de notre corps; physiquement, nous devons prendre une position qui nous stimule et nous aide à résister au sommeil. Prier à haute voix ou à mi-voix est presque indispensable pour ne pas "tourner en rond" dans notre intercession;

b) de notre âme; nous devons soumettre nos pensées au Seigneur Jésus et refuser toute distraction;

c) de notre esprit; notre esprit doit se rendre disponible à Dieu pour recevoir ses prières, recevoir sa compassion, son amour et se laisser diriger par lui.

3.
Parler à Dieu comme s’il était à côté de nous. Parler à Dieu comme s’il se tenait près de nous nous aidera à éviter des vaines redites, et à vraiment communiquer avec lui. Combien de: Seigneur… Oh Dieu… et d’autres paroles inutiles remplissent nos prières! Tout ce remplissage est vain parce qu’en quelque sorte, nous envoyons nos prières au ciel, au lieu de réaliser que Dieu est à côté de nous, qu’il nous écoute et que nous pouvons lui parler comme à un ami.

4.
De la discipline: certes, avoir une vie de prière régulière et authentique demande de la discipline et, dans ce domaine, il n’y a pas de raccourci. La seule motivation qui nous donnera la force de donner à la prière sa juste place est l’amour: l’amour pour Jésus. Parfois, le matin, avant de me lever, je disais: "Seigneur, j’ai envie de dormir, mais je t’aime et j’ai besoin de ce moment de communion et d’amour avec toi. Parce que tu m’aimes et que je veux t’aimer, je veux me lever."

Une pensée en conclusion. Une fois dans l’éternité, nous ne regretterons pas ce temps passé dans la présence de Dieu et nous verrons à quel point ce fut le temps le mieux investi.


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