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N° 143 Octobre 1982

Le noyau, centre vital pour la cellule

Par Jean-Pierre Besse

Dieu est en train de restaurer son temple sur la terre, loué soit-Il! Un véritable réseau mondial de vie s’est constitué progressivement au travers des cellules de prière. Notre XXetsiècle voit toutes les traditions du monde s’écrouler, comme le Saint-Esprit l’annonce en Héb. 12: 26-29, mais en réponse, Dieu affermit son Règne pour tous ceux qui s’appuient réellement sur Lui et rien que sur Luis!

Lors de mes missions itinérantes, je constate que ces groupes, plus ou moins spontanés, tendent à devenir à bien des endroits des "communautés de maison", c’est-à-dire des groupes non seulement de prière, mais de partage biblique, affectif, financier, des groupes d’évangélisation et de service. Ces communautés, souvent interconfessionnelles, ne remplacent pas l’église locale, mais en sont le tissu indispensable, comme c’était le cas dans l’Église du 1
er siècle (Actes 2: 46; 5: 42; 1 Cor. 16: 19; Phil. 2). Quelles étaient les activités principales de ces premières communautés chrétiennes?


- L’écoute de la Parole du Seigneur. – La prière.

- La communion et le partage fraternel. – Le témoignage et l’évangélisation.

- Avec un double résultat: – du fruit, une croissance qualitative (joie, justice, unanimité, puissance spirituelle).

- Une croissance numérique. (Actes 2: 42-47).

C’est ainsi que Dieu est glorifié, mais il y a certains principes à respecter pour que ce plan divin de restauration s’étende à tous.
 
La structure cellulaire
Ces groupes, on l’a dit, sont des "cellules de base"; or, qui dit "cellule" dit "noyau". La première communauté chrétienne de Jérusalem comportait un tel noyau (Actes 15: 4, 6 et 22).

Jésus a passé trois années à former douze hommes; on peut penser que pas loin de la moitié de son ministère fut consacrée à cette tâche (avis aux serviteurs de Dieu qui se demandent quelles doivent être leurs priorités…) Et, même parmi les Douze, un petit noyau de trois étaient associés de plus près à des révélations plus intimes (Pierre, Jacques et Jean). Dans les églises qu’il avait fondées, l’apôtre Paul avait soin de nommer les membres qui formeraient le noyau (Actes 14: 21-23). Le livre des Actes les appelle "Anciens".

N’en va-t-il pas de même dans les groupes, même restreints, nés de l’action du Saint-Esprit? Qui en effet va assurer la vitalité, la continuité, la fidélité et la croissance du groupe? C’est toujours le Saint-Esprit, bien sûr, mais agissant au travers de ceux et celles qui acceptent au maximum son autorité et sa direction.

Les groupes de base comportent en général trois zones, même s’ils n’en sont pas toujours conscients.

1.
Le noyau dont nous reparlerons plus bas.

2.
Les membres de la cellule: ils sont responsables à part entière, mais ne pouvant (ou ne voulant) s’engager autant que ceux du noyau, on ne peut pas forcément compter à 100% sur eux en ce qui concerne la cellule. Mais l’espérance est qu’ils puissent un jour s’engager dans un noyau, à moins que le Seigneur les appelle dans un autre service précis.

3.
La périphérie: c’est la frange où le monde rencontre l’Église (ou l’inverse): ce sont les invités, ceux qui sont invités à se laisser aimer par Dieu gratuitement dans le groupe et à suivre Christ.
 
Le noyau, quel genre de membres?
L’expérience nous montre que pour fonder un nouveau groupe, on s’épargne bien des difficultés par la suite, s’il y a un solide noyau de départ, pour la formation duquel il vaut la peine de prendre du temps, car alors, le groupe démarre sur de bons fondements.

Nous pensons qu’un noyau devrait être formé d’
au moins deux personnes qui soient réellement nées de Dieu et qui acceptent de se livrer sans réserves conscientes à la royauté de Jésus-Christ, à sa parole.

Il ne s’agit donc pas d’avoir des qualités spéciales, mais une disposition intérieure de
docilité au Saint-Esprit. Il s’agit d’accorder au Règne de Dieu une absolue priorité.

Je dirais encore (mais cela se développe avec le temps):

- avoir la
vision de ce que Dieu fait (promesses et dons) (Jean 5:19);

- être décidé à
persévérer, malgré les apparences et les obstacles;

- être prêt à faire des
sacrifices pour l’œuvre de Dieu, comme par exemple: – ouvrir sa maison, – être entièrement régulier aux réunions, – prendre du temps pour accompagner spirituellement une ou deux personnes, – mener le combat de l’intercession, – creuser la Parole de Dieu pour pouvoir l’enseigner un tant soit peu, – être prêt à supporter et pardonner les offenses.

Ceux qui, dans le groupe, ont ces dispositions forment un "noyau implicite". Parmi ceux-là, le Seigneur en appelle à une fonction de coordination et d’orientation (mais non pas de domination!) Il est bon que ceux qui sont appelés à ce service de "gouvernail" soient reconnus par quelqu’un ayant un ministère plus large et aussi, bien entendu, par le groupe lui-même. Ils forment ce qu’on peut appeler le "noyau explicite" .
 
Quelques fonctions du noyau au sens large

1) Avant tout,
le noyau veillera à ce que la cellule remplisse sa mission. En dehors des groupes à vocation spéciale, une cellule devrait toujours avoir les trois visées de Jésus lui-même en Israël:

a)
Restaurer ceux qui participent aux rencontres (guérisons intérieures et extérieures, délivrance, secours).

b)
Former des disciples de Jésus-Christ, (veiller à ce que chacun soit rempli du Saint-Esprit, faire grandir dans la connaissance, l’apprentissage de l’amour tel que Christ l’a vécu, la prière, la vie en église, le combat spirituel, une vie familiale, culturelle, sociale soumise à Christ…)

c)
Former des témoins de Jésus-Christ au dehors, dans le milieu de vie, par le service et l’évangélisation! C’est essentiel!

2)
Un centre de prière dans la dimension trinitaire. On écoute réellement le Seigneur glorifié, on s’attend à voir des exaucements précis pour lesquels on persévère jusqu’à la réalisation. Une telle prière a pour condition une communion fraternelle aussi bien ajustée que les tuiles d’un toit qui ne laisse pas passer la pluie!

3)
Une "matrice" pour le groupe. Là où le point deux est réalisé, la vie de résurrection est abondante, ce qui aura pour effet:
– d’aider les nouveaux à naître à la vie nouvelle;
– de fournir le "terreau" nécessaire à la croissance des chrétiens.

4)
Un centre de référence à la fois spirituel et théologique (mais pas infaillible!) Une équipe capable de "tenir" malgré les pressions diverses (dissensions, découragement, obstacles). Donc une équipe qui devrait pouvoir, grâce à Dieu, surmonter les crises! C’est pourquoi une telle équipe devrait être sous le contrôle spirituel de ministères reconnus par un cercle plus large de chrétiens confessants: berger local si possible, personne ou équipe ayant une autorité reconnue dans la région, etc.
Et maintenant quelques fonctions au sens plus spécialisé de la direction:

5)
Fonction de discernement, par exemple:
– de la vocation plus particulière du groupe;
– de l’esprit qui anime telle proposition, telle prière, telle prophétie;
– du temps opportun pour une multiplication de la cellule;
– des dons de chaque membre pour les mettre en valeur, les encourager, les réorienter au besoin;
– et de là, discerner les fonctions de chacun dans le Corps de Christ, et peut-être les ministères naissants!

6) Veiller à la
qualité du partage fraternel et de l’étude de la Bible. Mais ne croyons pas que l’enseignement doit obligatoirement être donné par un membre du noyau. Comme les autres manifestations spirituelles, cette fonction peut être assurée par quelqu’un qui en a le don et la formation sans être forcément du noyau.

7) Veiller à la
relation avec l’église locale et couper les racines du pharisaïsme à son égard comme aussi de la tiédeur conformiste qui voile la présence de Dieu pour ceux du dehors, et empêche la croissance.

8) Je pense que c’est du noyau que devraient sortir
le ou les ministères de présidence des rencontres. Je dis "le ou les" parce qu’il se peut que plus d’une personne ait ce charisme subtil de présider selon l’Esprit. Mais il est évident qu’il ne peut y avoir plus d’un président par réunion.

Une telle position d’anciens ne devrait pas susciter la jalousie et l’envie, car c’est une
position difficile, délicate, un service qui exige beaucoup de ceux qui normalement ont beaucoup reçu pour cela. (Que ce ne soit pas "un nouveau converti", dit Paul). Au départ, on pourrait concevoir qu’une seule personne, remplissant les conditions, commence un groupe, pourvu du moins qu’elle forme (ou trouve) rapidement d’autres personnes avec qui elle partage cette responsabilité. Sinon, gare au danger mortel d’autocratie! (cf. Mat. 18: 19- 20).

Important: pour assurer correctement ce mandat du Seigneur, il est bien entendu nécessaire que les membres du noyau aient un ou des moments dans la semaine où ils se retrouvent entre eux pour prier et résoudre les problèmes qui se posent. Il y a là un sacrifice de temps qui n’est pas le moindre, mais qui se trouve largement récompensé, comme nous l’avons constaté, dans les groupes qui vivent selon cette visée.

Croissance et multiplication de la cellule
Dans la vision que nous présentons ici, nous envisageons une croissance organique de la cellule à partir de son centre par l’apport de nouveaux venus qui se convertissent ou entrent dans une dimension plus pleine et plus confessante de la vie chrétienne. Dans cette optique, une cellule ne devrait pas dépasser la douzaine pour deux raisons:

1. D’abord parce qu’au-delà de ce nombre le groupe perd les avantages de la petite cellule où chacun est bien obligé de s’impliquer personnellement, sans pouvoir se réfugier dans l’anonymat.

2. Ensuite parce qu’il est difficile pour un noyau de former plus d’une douzaine de personnes à la fois. (Jésus lui-même n’a pas formé, au sens strict, plus de douze disciples à la fois.)

Quand donc une cellule dépasse à peu près ce nombre, elle devrait faire ce que font les cellules biologiques:
le noyau se scinde en deux (encore faut-il qu’il ait lui-même grandi) et la cellule se multiplie en deux, chaque moitié ayant son noyau, et retrouvant de temps en temps l’autre moitié (p. ex. une fois par mois) dans une réunion plénière et festive.

Cette manière de procéder a toutefois deux inconvénients importants:

1. Les membres d’une cellule n’aiment pas se séparer pour multiplier… mais cela peut et doit être surmonté selon la parole de Dieu "
croissez et multipliez" (Gen. 1).

2. Le deuxième inconvénient est plus grave: il ne permet pas tellement au groupe de grandir vers l’état adulte, car il y a toujours des nouveaux qui ont besoin de "lait spirituel" (et heureusement, car un groupe qui n’évangélise pas n’est qu’un club religieux).

 
Grandir tout en évangélisant

Comment faire alors pour grandir tout en évangélisant?
Le pasteur J.C. Ortiz dans son livre
"Disciple" me paraît ouvrir une piste extrêmement intéressante et qui résout ce problème. Au lieu d’amener les nouveaux à la cellule, les membres s’en occupent eux-mêmes, chez eux, un autre jour. Par exemple, deux membres d’une cellule parrainent une ou deux personnes qu’ils sont en train d’aider et d’amener à Christ. Cela leur demandera évidemment une rencontre de plus, mais n’est-ce pas la volonté de Dieu que les membres deviennent eux-mêmes des formateurs de disciples? Cette façon de faire a les avantages suivants:

1. Le membre qui invite quelqu’un ne délègue pas sa responsabilité aux "anciens" pour qu’ils évangélisent le nouvel arrivant, à sa place. Il le fait lui-même et par là se forme comme
témoin.

2. La cellule de base, étant composée des membres de départ, devient capable de progresser avec eux vers l’état adulte, puisqu’il n’y a pas toujours besoin de recommencer à zéro. Elle devient ainsi une
"cellule mère".

3. Les nouvelles cellules ne se forment pas par déchirement, mais
par multiplication naturelle, les membres évangélisateurs devenant peu à peu des membres de noyaux (aînés, anciens).

Le rôle du noyau primitif (de la cellule mère) est alors de veiller à rendre les membres aptes à leur ministère de témoins et de formateurs de disciples dans leur nouvelle petite cellule qu’ils tiendront chez eux. Ceci, autant que possible, avec l’aide de ministères déjà reconnus dans le peuple de Dieu.

Chers lecteurs, si cette vision vous semble peut-être au-dessus de vos capacités, rappelez-vous pourtant que notre Seigneur est le Dieu de l’impossible, et qu’Il a Lui-même en main le contrôle de son œuvre. Nous croyons qu’Il dessine progressivement le visage de l’Église "Finitive".


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